• CYPARIS - LE PRISONNIER DE SAINT-PIERREEn 1902, l'éruption de la Montagne Pelée va causer la mort de 30 000 personnes soit la quasi totalité de la population présente dans la plus grande ville de l'île de la Martinique à l'époque. Cette calamité a pour cause l'impéritie des pouvoirs publics trop préoccuper par le second tour à venir d'élections locales pour s'inquiéter des signes annonciateurs de la catastrophe d'autant que de pseudo-savants engoncés dans leur suffisance leur apportent la caution scientifique demandée. Un nommé Cyparis, seul prisonnier des geôles de la ville à l'heure du drame, incarcéré la veille pour son ébriété sur la voie publique et son comportement violent, survivra à la nuée ardente qui s'abat sur la cité. C'est ce miracle que décrit l'album de Lucas Vallerie mais c'eût été sans relief si l'auteur ne s'attachait à décrire l'ambiance de l'époque et l'état d'esprit des différentes populations, c'est-à-dire tant des blancs coloniaux que des noirs locaux, en multipliant les points de vue, en donnant un aperçu des différentes strates de la société de l'époque. Il y a dans le récit un côté faussement naïf renforcé par le trait merveilleux du dessin qui emprunte un aspect "ligne claire", il y a une sorte de regard en coin, pas ironique mais clairvoyant qui se fait jour au fil de la lecture, le lecteur ouvre les yeux, a le sentiment de vivre à l'unisson avec la population la catastrophe, d'étouffer sous les nuages de cendres... L'auteur offre aux yeux ébahis du lecteur de superbes pleines pages de dessins mirifiques. Adhésion totale !

    Auteur : Lucas Vallerie


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  • QUELQUES JOURS A VIVREUne infirmière entame son stage dans l'hôpital Victor Provo de Roubaix en soins palliatifs. Elle découvre les spécificités de ce service dédié à l'accompagnement de la fin de vie des patients. Ce sont près de 300 patients qui sont accueillis chaque année avec une durée de séjour d'une moyenne de 11 jours. Le personnel hospitalier tente de soulager les douleurs physiques des patients et leur apporter l'attention nécessaire à un départ imminent dans les meilleures conditions psychologiques possibles en apaisant au mieux leur angoisse, en entourant tant le patient que la famille. Le récit décrit la cohésion des équipes et ouvre la parole aux différents membres du personnel, chacun s'exprime sur les rapports particuliers aux patients générés par la proximité de la mort ainsi que sur la difficulté et le bienfait psychologiques d'exercer dans un tel service. Le récit se fait digne et serein, ne verse ni dans le compassionnel ni le misérabilisme et ce sans être abrupt, docte ou froid, bien au contraire. Il aborde aussi les aspects historiques voire ethnologiques de cette partie de la médecine consacrée à la fin de vie.

    Auteurs : Xavier Bétaucourt et Olivier Perret


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  • LA SAGA DE GRIMRGrimr est dès son plus jeune âge doté d'une force quasi herculéenne. Il a cependant le tort d'être orphelin dans l'Islande du XVIIIe siècle où être le "fils de" est un critère de reconnaissance sociale. Il a perdu père un mère lors d'une éruption volcanique, lui même en a réchappé de peu, sa force lui vient peut-être de là, de la puissance issue des entrailles de la terre... Après avoir été capturé par de vénaux Danois, il manque d'être emmené loin de son île natal et réduit en esclavage mais à la force et à la vélocité il ajoute un esprit rebelle à tout autorité, il s'enfuit avec fracas attestant de ses qualités aux yeux d'un homme, Vigmar, voleur et doué d'une belle faconde, une sorte de Diogène qui devient par défaut son père de substitution. Grimr n'aura de cesse de devenir valeureux et courageux à l'instar de Vigmar qui accole sans vergogne ces adjectifs à son nom. Grimr, parviendra-t-il à devenir l'égal des héros des sagas islandaises ? Il rêve que ses exploits soient un jour contés par delà sa mort et par delà les siècles. Le récit mène le lecteur dans ce destin singulier, aux côtés de ce garçon à l'ambition démesurée. Actions, palpitations, exaltations, l'album emporte le lecteur par sa fougue et par l'intelligence de sa construction narrative. Les dessins en couleurs directes montrent un tumulte qui colle à cette île aux plus de cent volcans. Grandiose !

    Auteur : Jérémie Moreau


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  • OCTOBRE 17Comment les Bolcheviks, minoritaires au lendemain de la Révolution dite bourgeoise de février 1917, ont réussi le tour de force d'accéder au pouvoir au moment de la Révolution d'Octobre et d'imposer la dictature prolétarienne ? Lénine et surtout Trotsky sont les instigateurs de ce retournement de situation. Ils sauront en grands stratèges reconnaître quand et comment infléchir l'Histoire. Le récit de Patrick Rotman et Benoît Blary plonge le lecteur dans cette période effervescente, dans les appartements où se tiennent clandestinement les réunions des Bolcheviks, on assiste ainsi aux prises de décision, aux tergiversations des uns, aux élans visionnaires des autres, on assiste aussi aux mouvements des foules, aux batailles de rue, on visualise de manière quasi parfaite la chronologie des événements qui ont conduit les Bolcheviks au pouvoir et qui vont marquer définitivement d'un sceau sanglant tout le XXème siècle. Malgré un académisme certain, l'album se lit avec une immense curiosité d'en savoir toujours plus. Pari réussi pour cette collection qui démarre.

    Auteurs : Patrick Rotman et Benoît Blary


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  • GEISHA OU LE JEU DU SHAMISEN - PREMIERE PARTIESetsuko est devenu geisha, elle raconte son destin singulier. Fille d'un vieux samouraï déchu, elle sera vendu à un okiya dès l'âge de sept ans pour permettre à sa famille de survivre. Elle raconte le monde clos de l'établissement, les relations entre les pensionnaires, la visite des clients, l'éducation qu'elle reçoit et surtout les travaux domestiques auxquels elle est astreinte sans relâche. Malgré un physique disgracieux et son peu de don pour la danse, elle se fait remarquer par sa détermination et surtout son appétence pour le jeu du shamisen, cet instrument traditionnel japonais à cordes pincés. L'album devrait devenir un ouvrage de référence pour les amoureux de la culture japonaise car il bat en brèche, avec raffinement, les clichés occidentaux à propos des geisha. Le scénario est tout en délicatesse et les dessins ne le sont pas moins, avec ses rondeurs et ses nuances de blanc, de noir et de gris.

    Auteurs : Christian Perrissin et Christian Durieux


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