• CHANSON DOUCELouise est la nounou idéale, elle a un tel degré d'implication qu'en plus de garder les enfants elle s'occupe spontanément de toutes les tâches ménagères afin de rendre  le retour  des parents auprès de leurs progénitures agréable et confortable. Elle les déculpabilise d'accorder leur priorité à leur carrière, elle se rend indispensable, prévenante mais il y a une sorte d'obsession inquiétante dans cet abyme de dévouement. Trop satisfaits des services qu'elle leur rend, les parents ne sauraient lui reprocher son perfectionnisme qui prend un caractère quasi maniaco-dépressif, ils ne sauraient déceler les signes avant-coureurs du drame à venir. En acceptant de dévoyer le contrat de travail qui les lie à leur nourrice, ils marquent leur pouvoir de classe, l’aveuglement dont il font preuve est le tribu semi-volontaire de leur accaparement et de leur supériorité sociale. Leïla Slimani jette un regard clinique sur les protagonistes de cette histoire sordide, elle invite le lecteur dans l’intimité de ces vies, comme un entomologiste au-dessus de collections de coléoptères, il y a comme une fascination morbide à plonger dans la mécanique factuelle et psychologique de la tragédie. Le roman possède une force stylistique qui emporte le lecteur dans le gouffre.

    Auteur : Leïla Slimani


    votre commentaire
  • PROFESSION DU PEREC'est une enfance brisée qui est décrite dans ce roman, une enfance ravagée par la mythomanie, la paranoïa et la perversion narcissique d'un père. Fervent défenseur de l'Algérie française, ce père exige de son fils qu'il exécute ses ordres, notamment d'inscrire sur les murs de son quartier les trois lettres "OAS" et de vouer un culte à Salan. Le garçon n'a d'autre choix que l'obéissance, sauf à vouloir goûter la ceinture du père, père violent qui a réduit son épouse au silence et à l'effacement, qui a composé une famille repliée sur elle-même, centrée sur les récits patriarcaux délirants. Le père sait toujours se donner le beau rôle au point d'atteindre au merveilleux, l'enfant en est tout à la fois fier et craintif et il va par mimétisme sincère entraîner un de ses camarades de classe dans son délire. Le récit n'est pas seulement celui d'une enfance dévastée, c'est aussi celui - en filigrane ! - de la résilience quasi impossible de cet enfant devenant homme. Sorj Chalandon avec un style sans fioriture construit graduellement son roman  pièce à pièce - sans esprit de revanche mais objectivement ! - comme un dossier légitimement à charge contre un père et une mère qui ne furent des parents que négativement. L'émotion augmente à la lecture du récit jusqu'à la dernière page et le dernier mot, une émotion tendue par l'anxiété et par un amour jamais gagné, à jamais perdu.

    Auteur : Sorj Chalandon


    votre commentaire
  • LES MISERABLESAvant même que de l'avoir lu, on connait du roman monumental de Victor Hugo  la trame principale, ses personnages et son ampleur mais c'est une fois plongé dans ses pages qu'on en découvre les détails mais surtout le style, marqué par un lyrisme à l'emporte-pièce, fait d’apartés de l'auteur, de considérations philosophiques ou historiques. Le style balaye tout comme le fleuve charrie tout ce qui trouve dans son lit, le lecteur en oublie les facilités voire les incohérences, les mièvreries romantiques, les références fréquentes à Dieu, les boursouflures et les amphigouris, il n'y a plus qu'une voix, celle du narrateur, imposant ses effets théâtraux avec une prose qui lorgne vers la poésie, façonnant ses personnages comme des figures bibliques (Jean Valjean est un Edmond Dantès qui a jusque dans le sacrifice l'humilité du Christ !) mais où la véritable grande figure est la conscience humaine. Victor Hugo remplit son roman d'optimisme quant au progrès social et quant à l'individu face à lui-même et à la communauté des hommes. Le récit insuffle une force, une énergie et une vitalité à nulle autre pareille.

    Auteur : Victor Hugo


    votre commentaire
  • Le nombril des femmesL'auteur avec un art élégant et raffiné de l'aphorisme laisse entendre ce que les hommes comprennent des femmes. Il ne verse ni dans la méchanceté cynique (trop facile !) ni dans l'admiration béate (trop bête !), il parvient à produire une oeuvre délicate et séduisante, une sorte de poésie en prose amusée et amusante disant le vrai, un chant d'amour où le lyrisme grandiloquent s'efface devant l'intelligence du coeur.

    Auteur : Dominique Quessada


    votre commentaire
  • LA CENTRALEUn intérimaire narre son quotidien, allant de centrale en central au gré des missions et chantiers du parc nucléaire français. Ce roman à la première personne, au style quasi clinique, froid, humainement dérangeant, rompt le silence sur ces esclaves d'une nouvelle ère employés pour assurer la maintenance de nos sites de production d'énergie. Ahurissant !

    Auteur : Elisabeth Filhol


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique