VIOL, UNE HISTOIRE D'AMOUR
Le titre est une antinomie et à lui seul un affront à l'entendement et à l'acceptable, comme si d'un mal ignoble pouvait sortir un bien. Martine Maguire et sa fille Bethie, 12 ans, traversent à la nuit tombée, au sortir d'une fête, celle du 4 juillet, le Parc de Rocky Point pour s'en rendre chez elles. Elles regretteront toute leur vie d'avoir pris ce raccourci plutôt que d'emprunter un autre chemin : une bande d'individus éméchés, des gens connus d'elles, les prend à partie, les insulte, les malmène, les agresse et les traîne aux enfers. Bethie parvient in extremis à échapper à ses assaillants qui se tournent tous vers la mère laissée ensuite mourante, exsangue, méconnaissable à cause des coups portés et du viol collectif perpétré... Bethie parvient à alerter la police, les agresseurs sont désignés, interpellés, la mécanique judiciaire démarre, ses rouages écrasent une nouvelle fois les victimes, Martine Maguire ne supportant ni de subir les regards de haine de ses violeurs, ni d'être conspuée par une foule constituée par la famille, les proches et les soutiens des agresseurs, ni de voir la vérité tordue par un avocat de la défense habile et torve. De ce récit âpre, écrit avec un style quasi clinique, ne se dégage aucune morale. Le lecteur prend de plein fouet la violence et la justice des hommes et mâche au fond de sa conscience des idées de vengeance.
Auteur : Joyce Carol Oates