MANGEZ-LE SI VOUS VOULEZ
Un petit notable de Dordogne, Alain de Moneys, se rend, serein, au village de Hautefaye où se tient la traditionnelle foire, il rencontre en chemin et à destination nombre de connaissances qui apprécient et louent son dévouement et sa cordialité. Il déclare à qui veut l'entendre que le tirage au sort l'a désigné comme conscrit et qu'il ne se soustraira pas, malgré sa position et sa fortune, à son devoir militaire dans une France attaquée par la Prusse. Un de ses cousins a le tort de tirer d'un article de journal qu'il lit devant un parterre d'analphabètes la conclusion que la guerre est d'ores et déjà perdue pour la France. L'auditoire patriote se fâche contre une telle hérésie et veut ajouter à la véhémence des mots la violence des poings. Le cousin parvient à s'échapper mais Alain de Moneys, resté sur place, s'étonne devant les exaltés que son cousin ait pu tenir des propos défaitistes et, par un grossier malentendu, la situation se retourne contre lui et la foule le prend pour un traître à l'Empire. C'est pour Alain de Moneys le début d'un calvaire au déroulement et à l'issue où l'horreur et l'absurde dansent la sarabande... Cette adaptation graphique du roman éponyme de Jean Teulé supplante l'original par la force d'un trait fin, d'un noir sombre d'encre de Chine, avec des ombres sciemment baveuses et un rouge sanguinolent qui s'immisce graduellement accentuant l'effroi. Ce fait divers glace le sang et donne une idée de l'intelligence des foules. Dans un contexte historique singulier, l'hystérie est devenue collective.
Auteur : Gelli