• BLONDELe récit de la vie de Norma Jane Baker, dit Marilyn Monroe, se fait au plus près, dans intimité de cette femme à nulle autre pareille, parfois même dans sa tête ou dans celles de ceux qui l'ont côtoyée. Joyce Carol Oates multiplie les modes narratifs pour appréhender la gloire et le tragique de cette icône du cinéma, jouet manipulé par les hommes. Sa candeur légendaire, son corps plantureux érotisé, sa quête éternelle de reconnaissance et d'amour, la question du père, ses frasques, ses bascules volontaires dans le stupre, son addiction aux barbituriques, ses suicides ratés et son désir jamais comblé d'être mère, tout s'enchaîne comme une pièce en plusieurs actes conduisant à la conclusion fatale. Ballotée par son destin, Noma Jane est montrée très fragile psychologiquement, influençable, instable. L'écriture de Joyce Carol Oates fait parfois l'effet d'une comptine racontant le délitement inéluctable d'un personnage, le style s'apparente à celui d'un François Bon avec sa biographie sur les Rolling Stones, proche de la scansion, ou à celui d'un James Ellroy, avec son American Death Trip, par son âpreté et son goût pour la descente aux enfers.

    Auteur : Joyce Carol Oates


    votre commentaire
  • KILL OR BE KILLED T3Dylan semble ne plus répondre aux appétits du démon qui l'enjoignait du tuer pour lui, il paraît plus lucide depuis qu'il a repris le traitement adéquat à ses troubles psychiatriques. Il continue cependant de tuer, une première fois pour protéger une de ses très proches amies sur la trace de laquelle semble être la pègre russe tentant de remonter jusqu'à lui, et une deuxième fois, après avoir établi un plan tortueux, pour éliminer la parrain de la mafia et faire de la pieuvre un corps sans tête. Le récit ne lésine pas sur la violence mais s'intéresse aussi aux méandres de la psychologie de son personnage principal. La narration explore tout au long des trois premiers tomes différentes formes au sein d'un long soliloque pour donner un rythme captivant, faits de points de rupture, de flashbacks, de variations de points de vue et d'évocation du passé par le truchement d'albums photos. Un polar singulier !

    Auteurs : Ed Brubaker et Sean Phillips


    votre commentaire
  • KILL OR BE KILLED T2Dylan est un étudiant qui, à son corps défendant, est devenu un tueur en série et, pour cause, un démon, après sa tentative de suicide avortée, exige de lui un mort par mois. Dylan s'applique à choisir ses victimes parmi les crapules et les escrocs. C'est dans un véritable engrenage mortifère dans lequel il se trouve, la police est à ses trousses mais aussi la mafia russe, mécontente d'avoir perdu un de ses hommes sous les coups de ce pseudo-justicier assassin. Dylan est-il sous l'emprise d'un démon ou de la schizophrénie ? Tout le récit est centré sur ce doute et oblige le lecteur à se mettre à la place de ce meurtrier singulier et à assumer toutes les conséquences de ses actes. Le lecteur est happé dans une spirale infernale. Excellent polar !

    Auteurs : Ed Brubaker et Sean Phillips


    votre commentaire
  • CHANSON DOUCELouise est la nounou idéale, elle a un tel degré d'implication qu'en plus de garder les enfants elle s'occupe spontanément de toutes les tâches ménagères afin de rendre  le retour  des parents auprès de leurs progénitures agréable et confortable. Elle les déculpabilise d'accorder leur priorité à leur carrière, elle se rend indispensable, prévenante mais il y a une sorte d'obsession inquiétante dans cet abyme de dévouement. Trop satisfaits des services qu'elle leur rend, les parents ne sauraient lui reprocher son perfectionnisme qui prend un caractère quasi maniaco-dépressif, ils ne sauraient déceler les signes avant-coureurs du drame à venir. En acceptant de dévoyer le contrat de travail qui les lie à leur nourrice, ils marquent leur pouvoir de classe, l’aveuglement dont il font preuve est le tribu semi-volontaire de leur accaparement et de leur supériorité sociale. Leïla Slimani jette un regard clinique sur les protagonistes de cette histoire sordide, elle invite le lecteur dans l’intimité de ces vies, comme un entomologiste au-dessus de collections de coléoptères, il y a comme une fascination morbide à plonger dans la mécanique factuelle et psychologique de la tragédie. Le roman possède une force stylistique qui emporte le lecteur dans le gouffre.

    Auteur : Leïla Slimani


    votre commentaire
  • INDELEBILESLuz fait le rêve de la normalité, dans lequel, ouvrant la porte de la salle de rédaction de "Charlie Hebdo" il retrouve tous les amis perdus dans l'attentat du 7 janvier 2015 et tous les autres collaborateurs. Il évoque ainsi le souvenir de l'ambiance à la fois sérieuse et potache qui régnait au sein de l'équipe, le stress des bouclages, le choix collégiales des unes, les personnalités singulières de Charb, Tignous, Gébé, Catherine Meurisse, Luce Lapin, Wolinski, et bien d'autres mais par dessus tous Cabu à qui il doit ses premiers pas de dessinateur de presse grâce à sa rencontre presque fortuite dans les rues de Paris. Toutes ces réminiscences, loin de plonger dans la commisération, donnent en partage la belle humeur, la jovialité, la bonne entente de cet essaim d'intelligences satiriques qui travaillaient ensemble. Les éclats de rire viennent au lecteur à la découverte de ces anecdotes pleines de vie, donnant le sentiment de côtoyer si ce n'est ces êtres en tout cas leurs esprits toujours vifs et incisifs. Bel et émouvant hommage qui n'a rien d'une oraison funèbre !

    Auteur : Luz


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires